Voodoo Child
20 avr 2009

Copyright Charles CARRIE
Haïti 2004, par le photographe Charles CARRIE
Haïti, Port-au-Prince, 2004. Au moment où la première république noire s’apprête à fêter le bicentenaire de son indépendance, la capitale convulse : le président Jean-Bertrand Aristide se voit contraint à l’exil et le peuple, orphelin de sa démocratie, entre dans une véritable période de terreur régie par les « combattants de la liberté ». Ces bandes armées et partisanes du retour d’Aristide, ces gangs sans foi ni loi qui l’on surnomme également les « Chimères » et qui font montre d’une violence sans commune dimension (décapitations de policiers, tortures, viols, pillages, etc.), terrorisent et sclérosent la capitale et sa baie en réaction contre le gouvernement de transition mis en place et dirigé par Gérard Latortue.
C’est la violence banalisée du quotidien des Haïtiens à cette période d’incertitude démocratique qu’illustre le voyage photographique de Charles Carrié. Et la frontière tient dans ce paysage politique et cette capitale dévastées : sous le joug des chimères lourdement armées, le peuple continue à vivre avec ses syncrétismes et ses démons : cérémonies vaudou, scènes de la vie familiale dans les villages de pêcheurs, nature généreuse, mer nourricière, plages idylliques : autant d’images, voire d’icônes, en rupture totale avec la zone de non-droit au mains des rebelles qu’est devenue la capitale. Insécurité, tel est le maître-mot pour dépeindre cette atmosphère. Un contexte qui jure pourtant avec une civilisation qui porte les stigmates d’une quête effrénée de la liberté et assume avec fierté et conviction ses traditions, fruits de multiples métissages et marronnages.
C’est là toutes les contradictions qui font la beauté convulsive d’un peuple assoiffé de démocratie que nous donne ici à voir Charles Carrié.
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