« Centralité » versus « Périphérie »
11 mar 2009
Camille DE TOLEDO,
Visiter le Flurkistan ou les illusions
de la littérature-monde,
Paris, PUF, 2008
L’essayiste Camille de Toledo, remarqué notamment pour son ouvrage Archimondain Jolipunk (paru en 2002 chez Calmann-Levy) et prônant une esthétique nouvelle, nous livre ici une réponse au « Manifeste des 44 écrivains pour une littérature-monde » publié le 16 mars 2007 dans le quotidien Le Monde et initié par les écrivains Michel Le Bris et Jean Rouaud.
Ce texte, signé par une pléiade d’auteurs contemporains de langue française, fustigeait une certaine « centralité » dans les tendances littéraires actuelles au bénéfice d’une valorisation de la « périphérie », consacrant la littérature d’Outre-France et attestant d’une liberté romanesque recouvrée. Pour Michel le Bris et ses suiveurs, la « créolisation » (pour reprendre les termes chers aux caribéens Chamoiseau, Glissant et Confiant) vient donc prendre le relais des idéologies si chères à la tradition fictionnelle européenne.
Une manière en somme de critiquer la vision « postcoloniale » de ces littératures produites ailleurs ou d’écrivains originaires d’ailleurs pour mieux les réhabiliter. Thèse à laquelle de Toledo, avec à l’appui de nombreuses références à la littérature mondiale, de Claudio Magris à Vassili Golovanov en passant par Julien Gracq, oppose une mondialisation qui aurait fait disparaître le caractère réel de cet ailleurs, désormais réduit à être un simple enjeu fictionnel. Et c’est ainsi qu’il invoque une toute autre stratégie de reconnaissance littéraire : « Ce n’est pas contre « le centre » qu’il faut défendre « la périphérie », mais avec lui, en le faisant imploser, en reportant de la démesure, du métissage, de la créaolité de Rabelais, de l’appel à l’invention de Du Bellay, de la bâtardise originelle de la langue française, contre sa fixation, sa beauté classique, sa blancheur et sa pureté » (p. 83).
En somme, de Toledo prône une forme de transgression raisonnée de la langue française, mais qui prendrait en considération l’héritage de l’histoire littéraire française et européenne, à la différence de Le Bris qui s’inscrit véritablement en rupture avec les vieilles idéologies. La mort du père, en somme.