« Le monde s’est tu pendant que nous mourrions »
09 mar 2009
Chimamanda NGOZIE ADICHIE,
L’Autre moitié du soleil,
traduit de l’anglais (Nigeria)
par Mona de Pracontal,
Paris, Gallimard, 2008 (coll. « Du monde entier »)
En résonance avec Things fall apart (1958) de Chinua Achebe, l’un des textes fondateurs de la littérature africaine, l’œuvre de la jeune écrivaine Chimamanda Ngozie Adichie (née en 1977) prend tout son sens avec ce roman relatant les événements de la terrible guerre du Biafra (1967-1970) au travers de la vie quotidienne de personnages essentiellement issus de l’ethnie Ibo : c’est le destin lié de deux sœurs jumelles et filles d’un colonel puissant, Olanna et Kainene, amoureuses l’une d’un intellectuel révolutionnaire (Odenigbo), et l’autre d’un journaliste anglais passionné par la culture et l’histoire nigerianes, prénommé Richard. Le tout dans le regard d’un boy arrivé de son village aux services du « Master » Odenigbo à l’âge de 12 ans, et qui sera tout le long du roman le fidèle compagnon d’infortune de cette famille.
Ce roman-fleuve est une véritable saga, décrivant par le menu les mœurs des classes intellectuelles supérieures avant la guerre et peu après la décolonisation, avec soirées arrosées et musique High-Life en fond sonore. S’ensuivent les prémices de cette terrible guerre qui anéantit plus de deux millions de civils à coups de famines, de bombardement et de frappes aériennes.
Rapide rappel historique : cette guerre a débuté dans l’Est du Nigeria, région la plus riche du pays et peuplée majoritairement par l’ethnie Ibo, qui s’est autoproclamée, sous le commandement du colonel Ojukwu, République du Biafra. Cette moitié du soleil évoquée dans le titre renvoie en effet au symbole même de cette nouvelle nation.
L’horreur des faits ne nous est en rien épargnée dans ce roman, où certaines images des premiers conflits ethniques entre notamment Haoussas et Ibos reviennent hanter l’esprit d’Olanna, à l’image de la tête d’une enfant savamment tressée et portée par sa mère meurtrie dans une calebasse, ou encore du boy de Kainene décapité par un obus sous ses yeux…
L’horreur est à son comble et on comprend bien à travers ce récit toute la désinformation concernant le drame humain que l’on qualifie parfois aussi de génocide sur la scène internationale et particulièrement auprès de l’ex-colonie, le Royaume-Uni, qui soutient le gouvernement fédéral et va même jusqu’à lui fournir les armes, en raison d’intérêts purement pétroliers…
Un grand morceau de bravoure que cette saga familiale sur fond de drame historique que l’auteur, née en 1977, n’a pas connu.