Le Grand Monde d’Andy Warhol
29 mar 2009
Le Grand Monde d’Andy Warhol (actuellement au Grand-Palais, Paris).
Cette rétrospective du père fondateur du Pop Art et du mouvement Underground, celui-là même qui alignait les boîtes de Campbell Soup et de Coca-Cola pour ériger la société de consommation en art dans les années 1960, valorise, au travers d’une bonne dizaine de thèmes classifiant quelque peu son rapport à la société dans tous ses aspects (pouvoir, politique, cinéma, mode, etc.), l’univers créatif, foisonnant et résolument moderne de celui qui est né Andrew Warhola à Pittsburg (Pennsylvanie) en 1928 de parents slovaques immigrés. Cette exposition, qui donne un bon aperçu de sa production artistique très prolifique, transcendée par le sommet de son art qui emprunta outre la peinture des voies multiples comme la photographie, la vidéo, le cinéma, la presse, etc., met en évidence une des caractéristiques principales de Warhol, probablement à la clé de son œuvre : l’omniprésence et la permanence du portrait. Lui-même considérait sa production en ces termes : « ça ne fait aucune différence que je peigne mes propres chaussures ou une bouteille de coca, que je conduise un entretien ou réalise un film ou une émission de télévision, je vais de toute façon faire le portrait d’un nouveau visage. Chaque fois que je fais quelque chose, le résultat est un portrait ».
En attestent les centaines de sérigraphies dont la plupart du temps la technique est l’acrylique parmi lesquelles on pourra citer « Marilyn » (1962), « Mona Lisa » (1979), « Mao Tse-Tung » (1973), travestissement spectaculaire, Le Shah d’Iran (1978), L’Indien d’Amérique Russel Means (1979), Mike Jagger, David Bowie, Debbie Harry (1980), sublime, Sonia Rykiel, Caroline de Monaco (1983), Léo Castelli (1975), Man Ray (1974), Roy Lichtenstein (1976), David Hockney (1974), Jean-Michel Basquiat (dont un portrait en pied à la manière de Michel Ange, et un autre à base de technique de cuivre et… d’urine !), Clint Eastwood, Meryl Streep, Diane Keaton (1984)… Cette époustouflante collection de visages aux tons saturés et travaillés à partir de photomatons, polaroïds ou screen-tests (films immobiles), et retravaillés par étapes (Photoshop n’existait pas et il aurait pu l’inventer !) pour être au final colorisés en acrylique le plus souvent, témoigne de l’entourage hétéroclite de Warhol le dandy iconoclaste, aussi mégalomane que mondain, et qui avait cette fascination pour Hollywood comme pour les rock-stars, ainsi que l’univers de la mode et du glamour dont il est issu au départ- il a poursuivi très jeune des études de « pictoral designer » à la Carnegie Institue of Technologie. C’est aspiré par ce tourbillon mondain qu’il installe son atelier en 1963 dans un grand loft new-yorkais recouvert d’aluminium du sol au plafond et y organise ses performances et soirées mondaines : naissance de l’Underground.
Son art est vite érigé en business et il ne s’en cache pas, fidèle à son travail de référence qui se base sur le capitalisme et la gagne à tout va : « Je suis toujours un artiste commercial. J’ai toujours été un artiste commercial, dit-il ». On sait qu’il chiffre ses commandes, et peu importe le modèle, à 25 000 dollars le panneau et 15 000 pour les suivants.
Par-delà cette quête narcissique de l’argent et des paillettes, d’autres œuvres viennent confirmer la mégalomanie du personnage qui avait créé à lui seul un véritable empire artistique : Interview, the Andy Warhol’s film magazine, était sa tribune, sa propre presse où il publiait notamment, dans une maquette extrêmement soignée et encore une fois très avant-gardiste (il en avait confié la direction artistique à Richard Bernstein en 1972).
De cette rétrospective, on ne pourra que regretter -mais c’est probablement un choix délibéré – le peu d’indications biographiques concernant la vie intime de Warhol qui fascinait aussi par son existence tellement « sex, drug and rock’n roll » et qui failli bien lui coûter la vie en 1968 alors que Valerie Solanas, l’une de ses anciennes égéries, lui tire dessus à bout portant en pleine soirée. Il en réchappe.
Enfin, on trouve également toute une galerie de photos prises avec un appareil « Minox » acquis en 1976 et qui donne à voir notamment des images plus spontanées de personnalités comme Andrée Putman, Sonia Rykiel et même le Pape Jean-Paul II. Et c’est d’ailleurs sur une dimension beaucoup plus solennelle et quasi-christique que se clôt l’exposition d’un Warhol qui prétendait, dans les années 1980 (il est décédé en 1987 de mauvaises suites post-opératoires) : « C’est si curieux [...] Je n’avais pas peur avant. Après être mort une fois, je ne devrais plus avoir peur, mais j’ai peur. Je ne sais pas pourquoi. Je ne crains que Dieu, alors qu’avant je n’en avais pas peur ».
C’est probablement pour cette raison qu’il sérigraphia le Christ 112 fois, dans « la dernière Cène » (The Last Supper, 1986) ou qu’il peignit « la Madone » (1985).
Somme toute, une très belle rétrospective en total décalage avec le classicisme des murs de l’édifice du Grand Palais, très copieuse, et qui résume l’incontestable modernité de Warhol, précurseur de Photoshop et ses avatars, Facebook et la culture bling. Un prophète !
Françoise CLOAREC, Séraphine. La vie rêvée de Séraphine de Senlis, Paris, Phébus, 2008
Dashiell HAMMET, La Moisson rouge, Paris, Gallimard, 1950 (pour la trad. française) [titre original "Red Harvest", paru en 1929]
Camille DE TOLEDO,
Mahmoud DARWICH,
Chimamanda NGOZIE ADICHIE,
Avis aux « fessologues » avertis ! 
